« Artiste de la nouvelle génération, cet ancien étudiant de l’École Supérieure d’Art de Grenoble, reste attiré par les productions aux économies accessibles et aux capacités d’échanges potentiels avec un auditoire ou un collaborateur occasionnel. En ce sens il peut être rangé dans le courant de l’esthétique relationnelle car il recherche toujours à établir des liens entre les individus. l’artiste travaille tant en France qu’à l’étranger, principalement sur les espaces urbains et imagine à partir d’un contexte particulier, la sociabilité qu’une oeuvre ou une action pourrait créer auprès des publics.
pour Nicolas Aiello
Par l’action de respirer, de manger, de bouger, l’artiste mobilise à divers titres son corps pour en transcrire les sensations, les émotions qui le traversent. Diffuser une odeur dans un espace, retracer le lien entre une recette de cuisine et l’histoire d’une personne, transcrire un parcours sa caméra collée au ventre, toutes ces attitudes révèlent bien les nécéssités pour Nicolas Aiello d’une expérience corporelle préalable à la mise en forme d’une oeuvre. La collecte, l’inventaire, l’enregistrement sont alors les étapes constantes d’une démarche initiale fondée sur la relation étroite qui peut s’établir par ailleurs entre la mémoire et l’écriture.

Donc, entre lire et marcher Nicolas Aiello n’établit pas de différence, entre écrire et dessiner non plus. Par déambulation, l’artiste travaille au relevé des inscriptions, de quelque nature qu’elles soient, qu’il croise sur son chemin. Enseignes, slogans, informations diverses, le parcours qu’il aura effectué dans Berlin s’est accompagné de ces textes visiblement destinés à informer les passants, emmagasinés au même titre que ces masses de dockments divers qu’il brasse et consulte quotidiennement. Ensuite par un ressassement qui concourt à l’illisibilité de son écriture, les textes sont repris jusqu’au moment où, au fil de l’encre d’un stylo, les lettres deviennent signes abstraits et les phrases modulations graphiques. Par la perte du sens, l’écriture retourne au dessin et les 25 pages ainsi obtenues retrouvent une temporalité autre, celle d’un dessin animé composé pour chaque seconde de ces 25 images redistribuées de façon aléatoire. Alors que par son errance l’artiste allait glaner sur son passage les mots et caractères disséminés dans l’espace urbain, le spectateur lui sera immobile, face à ces informations enfouies dans la matière de l’encre qui se met en mouvement. Dans la vibration obtenue, dans ce grouillement qui rappelle la neige sur un écran de télé, une substance d’image d’avant l’image, une logorrhée informelle graphique et visuelle apparaît. »

Texte de Jacques Py, directeur du Centre d’Art de l’Yonne, dans le catalogue de l’exposition « Les Chemins du Dessin » aux communs du château de Tanlay (en 2010 avec Pierrette Bloch, Jean-Olivier Hucleux, Lydie Jean-dit-Pannel, Jean-François Moriceau et Petra Mrzyck, Penny Hes Yassour, Didier Trenet, Remy Jacquier et Nicolas Aiello).
2010.